L’affacturage des créances fiscales : mécanismes, enjeux et perspectives

Face aux défis de trésorerie, les entreprises recherchent des solutions de financement innovantes. Parmi celles-ci, l’affacturage des créances fiscales représente une option souvent méconnue mais potentiellement avantageuse. Cette technique permet aux entreprises de mobiliser des créances détenues sur l’administration fiscale pour obtenir des liquidités immédiates. Entre cadre juridique strict et considérations pratiques complexes, cette modalité de financement soulève de nombreuses questions tant pour les entreprises que pour les professionnels du droit et de la finance. Ce document analyse les mécanismes de l’affacturage appliqué aux créances fiscales, ses implications juridiques et fiscales, ainsi que les stratégies d’optimisation possibles.

Fondements juridiques de l’affacturage des créances fiscales

L’affacturage constitue une technique de mobilisation de créances commerciales, permettant à une entreprise de céder ses créances à un établissement financier spécialisé, appelé factor. Dans le contexte particulier des créances fiscales, cette opération présente des caractéristiques juridiques distinctives qui méritent d’être examinées avec attention.

Le cadre légal de l’affacturage en France repose principalement sur la loi Dailly du 2 janvier 1981, codifiée aux articles L.313-23 à L.313-35 du Code monétaire et financier. Ce dispositif permet la cession ou le nantissement des créances professionnelles à un établissement de crédit. Toutefois, l’application de ce cadre aux créances fiscales soulève des questions spécifiques, notamment quant à leur nature et leur cessibilité.

Les créances fiscales présentent des particularités juridiques qui les distinguent des créances commerciales classiques. Il s’agit principalement des crédits d’impôt, des remboursements de TVA, ou encore des dégrèvements d’impôts. La jurisprudence a progressivement admis la cessibilité de ces créances, sous certaines conditions strictes.

Cessibilité des créances fiscales

Le Conseil d’État a clarifié dans plusieurs arrêts les conditions de cessibilité des créances fiscales. Selon une jurisprudence constante, une créance fiscale devient cessible dès lors qu’elle est certaine dans son principe, même si son montant exact n’est pas encore déterminé. Cette position a été confirmée notamment dans l’arrêt du 16 mars 2001 (n°222217) concernant les créances de crédit d’impôt recherche.

La Cour de cassation a adopté une position similaire, considérant que les créances fiscales constituent des créances professionnelles au sens de la loi Dailly, dès lors qu’elles sont nées d’un rapport entre l’administration fiscale et un contribuable dans le cadre de son activité professionnelle (Cass. com., 22 novembre 2005, n°03-15.669).

Néanmoins, toutes les créances fiscales ne sont pas cessibles. Le droit fiscal prévoit des restrictions spécifiques pour certaines créances, notamment:

  • Les créances fiscales faisant l’objet d’une contestation
  • Les créances dont le montant est indéterminable
  • Les créances soumises à des conditions suspensives non encore réalisées

La formalisation de la cession de créances fiscales requiert un respect scrupuleux des procédures. Le bordereau Dailly doit contenir toutes les mentions obligatoires prévues par l’article L.313-23 du Code monétaire et financier. Pour les créances fiscales, il convient d’apporter une attention particulière à la désignation précise de la créance et du débiteur public concerné.

L’opposabilité de la cession à l’administration fiscale nécessite une notification formelle, généralement par acte d’huissier ou lettre recommandée avec accusé de réception. Cette notification doit être adressée au comptable public compétent pour le paiement de la créance fiscale concernée.

Ces fondements juridiques constituent la base indispensable pour comprendre comment l’affacturage peut s’appliquer aux créances fiscales, tout en respectant les spécificités du droit fiscal et du droit des obligations.

Mécanismes opérationnels de l’affacturage fiscal

L’affacturage des créances fiscales repose sur des mécanismes opérationnels particuliers qui diffèrent sensiblement de ceux applicables aux créances commerciales traditionnelles. Ces spécificités concernent tant le processus de cession que l’évaluation des créances et les modalités de financement.

Le processus d’affacturage fiscal débute par une phase d’éligibilité durant laquelle le factor examine la nature et les caractéristiques des créances fiscales proposées à la cession. Cette analyse préliminaire est fondamentale car toutes les créances fiscales ne peuvent faire l’objet d’un affacturage. Les factors privilégient généralement les créances dont la certitude est établie et dont le délai de remboursement par l’administration est prévisible.

Les créances fiscales les plus fréquemment affacturées sont:

  • Le crédit d’impôt recherche (CIR)
  • Le crédit d’impôt innovation (CII)
  • Les créances de carry-back (report en arrière des déficits)
  • Les remboursements de TVA
  • Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) avant sa suppression

Évaluation et valorisation des créances fiscales

L’évaluation d’une créance fiscale par le factor repose sur plusieurs critères déterminants. Contrairement aux créances commerciales, l’insolvabilité du débiteur – l’État en l’occurrence – n’est généralement pas un risque majeur. Le factor s’attache davantage à évaluer:

La validité juridique de la créance fiscale constitue un premier point d’attention. Le factor vérifie que la créance est conforme aux dispositions légales et réglementaires en vigueur, et qu’elle n’est pas susceptible d’être remise en cause lors d’un contrôle fiscal ultérieur.

Le délai prévisionnel de remboursement par l’administration fiscale représente un facteur déterminant dans la valorisation de la créance. Plus ce délai est long, plus la décote appliquée par le factor sera substantielle. Les statistiques de remboursement des services fiscaux pour des créances similaires sont souvent utilisées comme indicateurs.

Le risque de contestation ou de rectification du montant de la créance est minutieusement évalué. Les factors sont particulièrement attentifs aux créances issues de dispositifs fiscaux complexes comme le CIR, souvent sujet à des interprétations divergentes entre les contribuables et l’administration.

Sur cette base, le factor propose un taux de financement qui reflète sa perception du risque. Ce taux varie généralement entre 70% et 95% de la valeur faciale de la créance fiscale, selon sa nature et les caractéristiques de l’entreprise cédante.

Contractualisation et suivi

La contractualisation de l’affacturage fiscal présente des particularités notables. La convention d’affacturage doit préciser clairement les modalités spécifiques applicables aux créances fiscales, distinctes de celles concernant les créances commerciales classiques.

Le contrat détaille notamment:

Les garanties exigées par le factor, qui peuvent inclure des cautions personnelles des dirigeants, particulièrement pour les jeunes entreprises innovantes dont la créance de CIR constitue un actif majeur.

Les clauses de recours permettant au factor de se retourner contre l’entreprise cédante en cas de non-paiement par l’administration fiscale, notamment suite à un rejet de la demande de remboursement.

Les obligations d’information de l’entreprise envers le factor, notamment concernant toute communication avec l’administration fiscale relative à la créance cédée.

Une fois la cession effectuée, un suivi spécifique est mis en place. Le factor peut demander à être informé de toute procédure de contrôle fiscal susceptible d’affecter la créance cédée. Dans certains cas, il peut même se réserver le droit d’intervenir dans les échanges avec l’administration fiscale concernant la créance.

Ces mécanismes opérationnels illustrent la complexité de l’affacturage appliqué aux créances fiscales et expliquent pourquoi cette pratique reste l’apanage de factors spécialisés, disposant d’une expertise tant en matière financière que fiscale.

Implications fiscales et comptables pour les entreprises

L’affacturage des créances fiscales engendre des conséquences significatives sur le plan fiscal et comptable pour les entreprises qui y recourent. Ces implications doivent être soigneusement analysées avant toute décision de cession.

Sur le plan comptable, la cession d’une créance fiscale à un factor entraîne sa décomptabilisation du bilan de l’entreprise cédante, conformément aux règles du Plan Comptable Général. Cette opération se traduit par:

Un crédit au compte de créance concerné (par exemple, le compte 444 « État – Impôts sur les bénéfices » pour une créance de CIR) pour le montant total de la créance cédée.

Un débit au compte de trésorerie pour le montant financé par le factor.

Un débit à un compte de charges financières pour la différence, correspondant à la commission d’affacturage et aux intérêts précomptés.

Cette comptabilisation a un impact direct sur la présentation des états financiers. La structure du bilan s’en trouve modifiée, avec une diminution de l’actif circulant compensée partiellement par une augmentation de la trésorerie disponible. Le ratio de liquidité immédiate s’améliore généralement, ce qui peut constituer un avantage dans la relation avec d’autres créanciers ou partenaires financiers.

Traitement fiscal de l’opération d’affacturage

Les implications fiscales de l’affacturage des créances fiscales sont multiples et méritent une attention particulière.

La première question concerne la déductibilité des frais d’affacturage. Les commissions versées au factor ainsi que les intérêts précomptés constituent, en principe, des charges financières déductibles du résultat fiscal, conformément à l’article 39, 1-3° du Code général des impôts. Toutefois, cette déductibilité peut être limitée par les règles de plafonnement des charges financières introduites par l’article 212 bis du CGI.

La cession d’une créance fiscale soulève également des questions en matière de TVA. Les commissions d’affacturage sont en principe soumises à la TVA au taux normal, que l’entreprise peut récupérer si elle est assujettie. En revanche, les intérêts facturés dans le cadre de l’opération bénéficient de l’exonération prévue à l’article 261 C du CGI.

Une attention particulière doit être portée aux créances fiscales liées à des crédits d’impôt. Lorsqu’une entreprise cède une créance de CIR, par exemple, elle perçoit immédiatement une partie de sa valeur. Cette anticipation de trésorerie ne modifie pas le traitement fiscal du crédit d’impôt lui-même, qui reste non imposable chez le bénéficiaire initial.

La documentation fiscale de l’opération revêt une importance critique. L’entreprise doit conserver tous les justificatifs relatifs à la cession (contrat d’affacturage, bordereaux de cession, notifications) pour pouvoir les présenter en cas de contrôle fiscal, notamment si celui-ci porte sur la période au cours de laquelle la créance fiscale a été générée.

Impacts sur les déclarations fiscales

L’affacturage des créances fiscales affecte plusieurs déclarations fiscales que l’entreprise doit établir.

Sur la liasse fiscale, et particulièrement sur l’état des créances et des dettes, l’entreprise doit mentionner la cession des créances fiscales. Cette information figure généralement dans l’annexe comptable et peut être détaillée sur le tableau 2057 (« État des échéances des créances à la clôture de l’exercice »).

Pour les créances de crédit d’impôt recherche, l’entreprise doit indiquer dans la déclaration spéciale n°2069-A-SD qu’elle a cédé sa créance, en précisant la date de la cession et l’identité du cessionnaire. Cette mention est fondamentale car elle permet à l’administration fiscale d’identifier le bénéficiaire légitime du remboursement.

Dans certains cas, l’affacturage peut modifier le calcul de la valeur ajoutée servant de base à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Les charges financières liées à l’affacturage viennent en effet minorer cette valeur ajoutée, ce qui peut entraîner une économie fiscale indirecte.

Ces implications fiscales et comptables multiples expliquent pourquoi le recours à l’affacturage des créances fiscales nécessite une analyse préalable approfondie, idéalement avec l’appui d’experts-comptables et de conseillers fiscaux familiarisés avec ce type d’opérations.

Risques et avantages stratégiques pour les entreprises

Le recours à l’affacturage des créances fiscales représente une décision stratégique qui comporte à la fois des avantages significatifs et des risques non négligeables. Cette analyse coûts-bénéfices doit être menée avec rigueur par les dirigeants d’entreprise.

L’avantage principal et le plus évident de l’affacturage fiscal réside dans l’amélioration immédiate de la trésorerie. Pour une jeune entreprise innovante disposant d’une créance de CIR substantielle mais confrontée à un cycle de développement long, l’affacturage peut constituer une bouée de sauvetage en permettant d’accélérer le financement de ses activités de R&D sans attendre le remboursement par l’administration fiscale, qui peut prendre jusqu’à 12 mois.

Cette accélération du cash-flow permet souvent d’éviter le recours à d’autres formes de financement potentiellement plus coûteuses ou dilutives, comme l’augmentation de capital à un moment où la valorisation de l’entreprise n’est pas optimale. Pour les PME et les ETI, l’affacturage fiscal peut ainsi représenter un levier de croissance stratégique.

Un autre avantage significatif concerne la prévisibilité financière. En transformant une créance à échéance incertaine en liquidités immédiates, l’entreprise gagne en visibilité sur sa trésorerie et peut planifier ses investissements avec plus de sérénité. Cette prévisibilité est particulièrement appréciable dans les secteurs à forte intensité capitalistique ou dans les périodes de tension sur les marchés financiers.

L’affacturage des créances fiscales permet également une optimisation du bilan. En réduisant le poste des créances et en augmentant la trésorerie disponible, cette technique améliore certains ratios financiers surveillés par les banques et les investisseurs, notamment le besoin en fonds de roulement (BFR) et les ratios de liquidité.

Risques et contraintes à considérer

Malgré ces avantages, l’affacturage fiscal comporte des risques qu’il convient d’évaluer avec précision.

Le coût financier constitue la contrainte la plus évidente. Les commissions d’affacturage et les intérêts précomptés représentent généralement entre 5% et 15% du montant de la créance cédée, selon sa nature et le profil de risque de l’entreprise. Ce coût doit être mis en perspective avec les bénéfices attendus de l’accélération de trésorerie.

Un risque majeur réside dans la remise en cause ultérieure de la créance fiscale par l’administration. Si, à l’issue d’un contrôle fiscal, l’administration conteste tout ou partie d’une créance de CIR déjà cédée et financée, l’entreprise peut se retrouver dans l’obligation de rembourser le factor, parfois avec des pénalités contractuelles significatives. Ce risque est particulièrement présent pour les créances issues de dispositifs fiscaux complexes et évolutifs.

L’affacturage peut également engendrer une dépendance financière. Une entreprise qui cède systématiquement ses créances fiscales peut se trouver dans une situation où l’arrêt de cette pratique créerait immédiatement des tensions de trésorerie. Cette dépendance peut constituer un piège si les conditions d’affacturage se détériorent ou si les créances fiscales diminuent.

Enfin, les clauses contractuelles des contrats d’affacturage fiscal peuvent contenir des contraintes significatives pour l’entreprise, comme l’obligation d’informer le factor de tout contrôle fiscal, des restrictions sur certaines opérations structurelles (fusion, scission), ou encore des covenants financiers à respecter sous peine de déchéance du terme.

Analyse stratégique selon le profil de l’entreprise

La pertinence de l’affacturage fiscal varie considérablement selon le profil et la situation de l’entreprise.

Pour les start-ups et entreprises en forte croissance, l’affacturage des créances de CIR peut représenter une solution de financement non dilutive particulièrement adaptée, complétant efficacement les levées de fonds auprès d’investisseurs. Le coût de l’affacturage est souvent inférieur à la dilution qu’impliquerait une augmentation de capital supplémentaire.

Les entreprises cycliques, confrontées à des variations saisonnières importantes de leur activité, peuvent utiliser l’affacturage fiscal pour lisser leur trésorerie, en mobilisant par exemple des créances de TVA générées pendant les périodes de fort investissement.

Pour les entreprises en difficulté, l’affacturage des créances fiscales peut constituer une solution de dernier recours, permettant de gagner du temps pour restructurer l’activité. Toutefois, les conditions proposées par les factors sont généralement moins favorables pour ces entreprises, ce qui peut limiter l’intérêt de l’opération.

Les groupes internationaux doivent intégrer l’affacturage fiscal dans leur stratégie globale d’optimisation de trésorerie, en tenant compte des différences de traitement selon les juridictions et des possibilités de centralisation de la gestion de trésorerie.

Cette analyse coûts-bénéfices doit être régulièrement actualisée en fonction de l’évolution de la situation de l’entreprise, des conditions du marché de l’affacturage et du cadre réglementaire applicable aux créances fiscales concernées.

Perspectives d’évolution et transformation numérique

L’affacturage des créances fiscales connaît actuellement des mutations profondes, influencées tant par l’évolution du cadre réglementaire que par les innovations technologiques. Ces transformations dessinent de nouvelles perspectives pour cette pratique financière.

Le paysage réglementaire de l’affacturage fiscal évolue constamment. Les récentes modifications du droit fiscal français ont eu des impacts significatifs sur certaines créances fréquemment affacturées. Par exemple, la transformation du CICE en allégement de charges sociales a supprimé une source majeure de créances fiscales mobilisables. À l’inverse, le renforcement des dispositifs en faveur de l’innovation (suramortissement pour la transformation numérique, crédit d’impôt innovation étendu) crée de nouvelles opportunités pour l’affacturage.

La jurisprudence continue d’affiner les contours de la cessibilité des créances fiscales. Des décisions récentes du Conseil d’État et de la Cour de cassation ont précisé les conditions dans lesquelles certaines créances fiscales spécifiques pouvaient être valablement cédées, sécurisant ainsi le cadre juridique de ces opérations.

Au niveau européen, les travaux d’harmonisation des règles relatives à la cession de créances pourraient influencer l’affacturage fiscal transfrontalier. Le règlement Rome I sur la loi applicable aux obligations contractuelles est complété par des initiatives visant à établir des règles uniformes sur l’opposabilité des cessions de créances aux tiers.

Innovations technologiques et digitalisation

La transformation numérique bouleverse le secteur de l’affacturage, y compris dans son application aux créances fiscales.

L’émergence des plateformes digitales d’affacturage permet désormais aux entreprises de soumettre leurs demandes en ligne, de télécharger les justificatifs nécessaires et de suivre en temps réel le traitement de leurs dossiers. Ces plateformes réduisent considérablement les délais de traitement et les coûts administratifs associés à l’affacturage traditionnel.

Les technologies blockchain commencent à être expérimentées dans le domaine de l’affacturage. En garantissant l’authenticité et la traçabilité des créances cédées, ces technologies pourraient renforcer la sécurité juridique des opérations d’affacturage fiscal et réduire les risques de contestation ou de double mobilisation.

L’intelligence artificielle transforme l’évaluation des risques liés aux créances fiscales. Des algorithmes sophistiqués analysent désormais les caractéristiques des créances, l’historique des remboursements par l’administration fiscale et le profil de l’entreprise cédante pour déterminer avec plus de précision la probabilité de remboursement et le prix optimal de la cession.

L’interconnexion croissante entre les systèmes d’information des factors et ceux de l’administration fiscale pourrait, à terme, permettre une vérification instantanée de l’existence et de la validité des créances fiscales proposées à l’affacturage, réduisant ainsi les risques pour toutes les parties prenantes.

Nouvelles tendances et modèles émergents

De nouveaux modèles d’affacturage fiscal émergent, répondant à des besoins spécifiques et tirant parti des évolutions technologiques et réglementaires.

L’affacturage inversé (reverse factoring) adapté aux créances fiscales commence à se développer. Dans ce modèle, c’est l’administration fiscale qui initierait le processus en confirmant l’existence d’une créance fiscale, permettant ainsi à l’entreprise de la mobiliser auprès d’un factor à des conditions plus avantageuses. Ce modèle reste expérimental mais pourrait se développer dans le cadre des initiatives de modernisation de l’État.

Les marketplaces d’affacturage mettent en relation directe les entreprises détentrices de créances fiscales avec une pluralité de factors ou d’investisseurs, créant ainsi une mise en concurrence qui peut améliorer les conditions proposées. Ces plateformes fonctionnent sur un modèle d’enchères qui optimise le prix de cession pour l’entreprise.

L’affacturage fiscal s’intègre de plus en plus dans des solutions globales de financement, combinant différentes techniques (affacturage commercial, financement d’actifs, prêts garantis) pour répondre de manière holistique aux besoins de trésorerie des entreprises. Cette approche intégrée permet d’optimiser le coût global du financement et de simplifier la gestion administrative pour l’entreprise.

Enfin, on observe l’émergence de solutions d’affacturage spécifiquement conçues pour les créances fiscales internationales, permettant à des entreprises opérant dans plusieurs pays de mobiliser l’ensemble de leurs créances fiscales auprès d’un interlocuteur unique, ce qui simplifie considérablement leur gestion de trésorerie.

Ces évolutions dessinent un avenir où l’affacturage des créances fiscales deviendrait plus accessible, plus rapide et plus économique pour les entreprises, tout en offrant aux factors des outils plus performants pour évaluer et gérer leurs risques.

Stratégies d’optimisation et bonnes pratiques

Pour tirer pleinement profit de l’affacturage des créances fiscales tout en minimisant les risques associés, les entreprises doivent mettre en œuvre des stratégies d’optimisation et adopter certaines bonnes pratiques. Ces approches permettent de maximiser les avantages financiers tout en préservant la sécurité juridique et fiscale de l’opération.

La préparation en amont des créances fiscales constitue une étape déterminante pour optimiser les conditions d’affacturage. Cette préparation comprend plusieurs dimensions:

La documentation rigoureuse des créances fiscales, particulièrement pour les crédits d’impôt recherche, doit être une priorité. Les entreprises gagneront à constituer des dossiers justificatifs exhaustifs, incluant non seulement les éléments légalement requis mais également toute documentation complémentaire susceptible de renforcer la validité de la créance: rapports scientifiques détaillés, CV des chercheurs, documentation technique des projets, etc.

Le rescrit fiscal peut constituer un atout majeur. En obtenant une prise de position formelle de l’administration fiscale sur l’éligibilité de certaines dépenses au CIR ou sur l’application d’un dispositif fiscal particulier, l’entreprise sécurise sa créance et peut négocier des conditions d’affacturage plus favorables. Le rescrit est particulièrement recommandé pour les projets innovants à la frontière des définitions légales.

La validation préalable par des experts indépendants (consultants spécialisés en CIR, cabinets d’audit) renforce la crédibilité de la créance aux yeux des factors. Certains établissements proposent d’ailleurs des conditions préférentielles lorsque la créance a fait l’objet d’une telle validation externe.

Optimisation des conditions contractuelles

La négociation du contrat d’affacturage mérite une attention particulière, plusieurs leviers d’optimisation pouvant être actionnés:

La mise en concurrence des factors est fondamentale. Les conditions proposées (taux, commissions, garanties demandées) peuvent varier significativement d’un établissement à l’autre. Il est recommandé de solliciter au moins trois propositions différentes et de les analyser en détail, au-delà du seul taux apparent.

La négociation des clauses de recours constitue un point d’attention majeur. Dans la mesure du possible, l’entreprise cherchera à limiter les cas dans lesquels le factor peut exercer un recours contre elle en cas de non-paiement par l’administration fiscale, notamment en excluant les cas où ce non-paiement résulterait d’un vice de forme dans la notification de la cession.

L’échelonnement des cessions peut s’avérer judicieux pour certaines créances importantes. Plutôt que de céder l’intégralité d’une créance de CIR en une seule opération, l’entreprise peut envisager de la fractionner en plusieurs tranches, cédées successivement. Cette approche peut permettre d’obtenir de meilleures conditions pour les tranches ultérieures si les premières sont remboursées sans difficulté.

La négociation d’une clause de partage des intérêts de retard versés par l’administration fiscale en cas de remboursement tardif peut constituer un complément de rémunération non négligeable.

Intégration dans la stratégie financière globale

L’affacturage des créances fiscales doit s’inscrire dans une stratégie financière cohérente:

L’arbitrage entre différentes sources de financement doit être systématique. L’affacturage fiscal doit être comparé aux alternatives disponibles (crédit bancaire, financement par les investisseurs, aides publiques) en termes de coût, de rapidité de mise en œuvre, d’impact sur le bilan et de flexibilité.

La planification fiscale peut être articulée avec la stratégie d’affacturage. Par exemple, le choix entre le report en arrière des déficits (carry-back) et le report en avant peut être influencé par la possibilité de céder la créance résultant du carry-back à des conditions avantageuses.

Pour les groupes de sociétés, une approche coordonnée de l’affacturage fiscal peut générer des synergies significatives. La centralisation des négociations avec les factors au niveau du groupe permet généralement d’obtenir de meilleures conditions, tandis que la mutualisation des retours d’expérience entre filiales enrichit l’expertise interne.

Le calendrier des opérations d’affacturage mérite une attention particulière. Certaines périodes peuvent être plus propices à l’obtention de conditions favorables, notamment en fin de trimestre ou d’exercice fiscal des factors, lorsque ceux-ci cherchent à atteindre leurs objectifs commerciaux.

  • Anticiper les besoins de trésorerie pour éviter les négociations dans l’urgence
  • Constituer un historique positif avec le factor pour améliorer progressivement les conditions
  • Diversifier les partenaires d’affacturage pour ne pas devenir captif d’un seul établissement
  • Maintenir une veille active sur les évolutions législatives et réglementaires susceptibles d’affecter les créances fiscales

Ces stratégies d’optimisation et bonnes pratiques permettent aux entreprises de transformer l’affacturage des créances fiscales d’un simple outil de financement à court terme en un véritable levier de performance financière et de développement stratégique.

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